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Le terrorisme, une question de positionnement ?

By octobre 23, 2016 No Comments

Cet article est la suite de celui-ci.

Le terrorisme est devenu un terme ambigu en politique. Il n’est pas neutre. Il évoque des émotions comme la peur, la haine et la panique. Définir le terrorisme revient à décrire plusieurs phénomènes politiques qui dépendent de différents points de vue et intérêts. Depuis sa première apparition jusqu’au sens qu’il a pris aujourd’hui. 

Le terrorisme, par la multiplicité de ses formes, permet difficilement de lui donner une définition unilatérale. Le terrorisme ne se résume pas à l’effet de peur qu’il produit. Il ne se résume pas à de la violence gratuite. Il obéit à des logiques qui dépassent la guerre conventionnelle et les guérillas. Il désarçonne nos systèmes de défense peu adaptés à ce type de menace.

Lorsqu’une attaque advient en Occident, la première question qui se pose est : « est-ce une attaque terroriste ? ». Pourtant, se poser cette question ne revient qu’à analyser une méthode. Pour comprendre, il faut aussi analyser les motivations. Donc, se demander si nous avons affaire à un groupe rebelle et quels sont ses objectifs. Malgré l’utilisation que nous en faisons aujourd’hui, les termes « rebelle » et « terrorisme » ne sont pas opposables. Un groupe peut être rebelle et terroriste. Il ne s’agit pas de choisir si une organisation est rebelle ou si elle est terroriste, puisqu’elle n’analyse pas la même chose, c’est-à-dire les motivations pour la première et la méthode pour la seconde.

Les raisons de la violence organisée peuvent être de plusieurs types. Damien Deltenre, chercheur au Centre des crises et des conflits internationaux de  l’Université catholique de Louvain (CECRI), explique qu’elles peuvent être de deux ordres :

  1. Criminel : poursuite d’intérêts strictement financiers comme le crime organisé ou les mafias ;
  2. Contestation d’un ordre politique (rebelle) : cela inclut les rébellions au sens large. Elles peuvent viser à changer complètement un ordre politique (révolution ou coup d’Etat) ou à obtenir la reconnaissance d’une spécificité locale (autonomie, confédéralisme, sécession, etc.).

Les objectifs criminels ou rebelles peuvent se superposer, la nuance entre les deux devient peu perceptible. Ces objectifs impliquent quatre grandes méthodes qui sont reprises dans le tableau suivant.

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Ces quatre méthodes montrent une progression dans la violence. Il est rare qu’un groupuscule s’appuie exclusivement sur une seule d’entre elles.

Dès lors, parler de groupe terroriste pour évoquer la substance d’une organisation violente n’a guère de sens, puisque cela ne prend en compte que les méthodes et non les motivations. Si nous voulons combattre une organisation, le fait de s’intéresser à ses méthodes ne suffira que dans un  premier temps, mais ne mettra pas fin au conflit. Pour y arriver, il faudra se pencher sur ses ambitions.

Parler de groupe terroriste est dangereux et simpliste, puisque cela ne permet pas de comprendre les raisons du soulèvement. Ceci est réducteur par rapport aux capacités de nuisance de l’organisation. Le terrorisme est considéré comme « l’arme du faible » par les chercheurs en relations internationales. Définir un groupuscule comme terroriste revient dès lors en sous-estimer le risque. Aujourd’hui, nous avons fait du terrorisme une métonymie : nous désignons un groupe violent par le mécanisme qu’il emploie, pas par la nature de ses revendications. Un groupe rebelle peut être terroriste s’il utilise telle méthode, mais cela ne doit pas faire oublier les motivations sous-jacentes. Dans les deux cas, il existe une revendication politique, puisque le terrorisme peut constituer une méthode utilisée par un groupe rebelle.

Aujourd’hui, nous avons fait d’une méthode une généralité, poussant à voir en toute personne étrangère un terroriste potentiel. Ce phénomène ne fait qu’accroitre le climat de peur. Cette dénomination réduit l’importance de la menace, mais surtout sa compréhension.