Communication digitale

La Political Intelligence : une question d’équilibre

By octobre 23, 2016 No Comments

Malheureusement, les réseaux sociaux ne sont pas la solution à tous les maux des partis politiques wallons. Comme l’explique Dominique Cardon : “la signification qu’enferment les micro-appréciations de réputation du web social est souvent trop jouée, trop calculée et, surtout, bien trop contextuelle pour être véritablement commensurable.

La grande scène expressive des réseaux sociaux met en lumière des signes, des désirs et des parades identitaires qui répondent à une économie de la reconnaissance et de la réputation. Sincères dans leur désir expressif, ces signes, agrégés et sortis de leur contexte, ne sont souvent ni véridiques ni authentique (…) Les signaux numériques qui, partout sur le web, expriment, agitent et témoignent donnent à voir la société en mouvement, mais ils ne peuvent pas être assignés à la hiérarchisation des enjeux publics à laquelle les médias et les sondages nous ont habitués avec leurs mesures de représentativité ” (Cardon, 2015).

Il ne suffit pas juste d’écouter les réseaux sociaux pour connaître sa réputation et résoudre ses problèmes. Il ne suffit pas juste d’établir une veille et d’en faire des représentations. Il faut aussi en comprendre les traces et les signes disponibles. Les réseaux sociaux fournissent une base de données qu’il est obligatoire de corréler à une série d’autres données et méthodes existantes.

Il est vrai que les réseaux sociaux permettent de toucher beaucoup de monde, mais il existe encore une grande partie de la population réfractaire à ceux-ci. Investir dans la communication digitale pour toucher les jeunes générations est indispensable, mais raconter son histoire doit encore se faire de manière intelligente et complémentaire avec d’autres méthodes de communication comme “La parole aux militants”, les sondages, les colloques, les focus groupes, les analyses post-élections, etc.

Facebook et Twitter ne sont pas les seuls réseaux sociaux et les jeunes générations se tournent vers des alternétatives parfois complètement inconnues des partis politiques wallons. La stratégie de communication digitale se fait en cohérence avec la politique de communication stratégique où rien ne doit être oublié. La politique digitale est ancrée dans la stratégie, mais ne doit pas en être un élément distinct et encore moins la solution à tout. Tout est interconnecté, cela est d’autant plus vrai quand il est question de communication.

Dans notre société confronté à un chaos constant, les frontières entre les publics s’amenuisent. Transparence et cohérence sont désormais les mots d’ordre dans toute politique de communication. Comprendre son écosystème permet de répondre à ses impératifs de manière optimale. L’optimum communicationnel en communication politique n’est pas seulement une question de temps, c’est-à-dire trouver le bon équilibre entre la communication sur l’idéologie et celle sur les idées. Il s’agit aussi de trouver la bonne méthode, le bon contenu et la bonne manière pour garantir une relation à long terme avec les parties prenantes grâce à la différenciation de l’offre politique. Arriver à ce repositionnement idéologique permet de construire ce political branding, c’est-à-dire un positionnement clair dans la tête de ses publics.

En répondant aux besoins de ses stakeholders grâce à cette marque politique, il est possible de créer une unité plus forte et ainsi renforcer le sentiment d’appartenance au sein du parti, car les publics connaissent désormais la vision d’avenir. Ils leur aient dès lors plus facile de participer à cette communication. Ceci se joue à tous les niveaux de pouvoir, mais aussi avec tous les sympathisants, militants et futurs adhérants. La difficulté des partis wallons a se différencier au niveau de leur contenu est inquiétant. Au vu des mouvements sociaux naissant un peu partout en Europe comme Nuit Debout, il devient nécessaire pour les partis d’investir dans une meilleure stratégie de communication, et aussi de revoir la balance entre idées et idéologie. Il devient urgent que le citoyen puisse distinguer les partis au risque de voir celui-ci se détourner vers des alternatives politiques.

Le temps de l’information en politique wallonne doit être assoupli au profit de la communication par une écoute active de son écosystème en vue d’une adaptation et d’un repositionnement de l’offre politique dans une optique de différenciation. Une vision tournée vers l’avenir est ce qui permet de gagner une élection (Lee-Marshment, 2011 : 140). Ceci est vrai pour l’idéologie et les idées, c’est aussi vrai dans la méthode. La political intelligence en communication politique wallonne est loin d’être une utopie, mais ceci demande une nouvelle façon de voir la communication au sein des partis. La communication politique ne sert pas uniquement à faire exister une personne dans le jeu politique, elle doit aussi servir à promouvoir un processus démocratique qui permet de reconnecter le citoyen au politique par le dialogue.