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Le terrorisme, aussi une affaire de com

By janvier 8, 2016 No Comments

Face aux premiers instants, en politique belge, c’est chacun pour soi. Suite aux attentats de Paris, il ne faudra pas attendre une heure avant d’avoir les premières réactions du côté belge, 22h10 exactement pour le premier retweet. Il semblerait que sur les réseaux sociaux, la règle de « tout le monde se range derrière le Premier ministre » ne tient pas dans les premières réactions.

1. Les politiques belges

Les premières attaques ont débuté à 9 h 16 à côté du stade de foot. Il faudra attendre peu après 22 h pour avoir les premiers tweets des parlementaires wallons, des présidents de partis politiques wallons ou des ministres fédéraux.

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Suite aux attentats de Paris, il s’avère que c’est à celui qui tweetera le premier. La palme revient à François Desquesnes (cdH), député wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour le premier retweet vers 22 h 10 d’un média, suivi de très près par la ministre de l’Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis (PS) avec un autre retweet. Du côté du MR, le premier a tweeté est le député Philippe Knaepen, député wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, à 22 h 38. Du côté d’ecolo, il s’agit de Georges Gilkinet, député fédéral, avec un tweet à 22 h 55. Du côté de DéFI, le premier tweet provient d’Éric Botte, député bruxellois, à 23 h 22.

Il semblerait que les comptes officiels de nos partis politiques wallons passent au second plan mis à part pour le cdH, tout en rappelant que le Président, Benoît Lutgen, n’a ni compte Twitter ni compte Facebook.

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2. BEGOV

Sur Twitter

Le Vice-Premier ministre et ministre de la Coopération au développement, de l’Agenda numérique, des Télécoms et de la Poste ; Alexander de Croo, est le Premier ministre fédéral a tweeté à 22 h 27. Bien avant le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui n’a tweeté qu’à 22 h 53.

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À quelques secondes d’intervalles, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Emploi, de l’Économie et des Consommateurs, chargé du Commerce extérieur ; Kris Peeters est le suivant à tweeter à 23 h 12 ; suivi du Premier ministre, Charles Michel, à 23 h 12.

Sur Facebook

Du côté de Facebook, Didier Reynders passe premier avec un poste à peu près à la même heure que son tweet. À rajouter, qu’il est aussi le premier à avoir publié un message sur LinkedIn.

Didier Reynders a publié un premier message à la même heure que son tweet ; suivront six autres postes sur sa page, dont un avec son passage dans l’émission Les Décodeurs de la RTBF. Sur Twitter, il y aura au jusqu’au dimanche 15, 11 tweets sur le sujet, ainsi que 15 retweets de médias sur ses passages télévisés. Ceci fait de lui, le ministre le plus actif sur le sujet.

Du côté des autres ministres, il faudra souvent attendre le petit matin pour avoir les premières publications sur leur page respective, sauf pour le Premier ministre qui a publié un statut à 2 h 18.

3. Des interférences politiques

La crise liée au terrorisme plonge brutalement les acteurs dans l’inconnu. Le dérèglement du système rend les stratégies insuffisantes, voire contre-productives sur le long terme comme ce fut le cas de Brussels Lockdown. Des zones d’incertitude apparaissent quant à l’évolution des évènements, l’apparition de surcrises, etc. Des enjeux importants sont impactés comme la réputation du pays ou les capacités de lutter contre le radicalisme. La longue durée des évènements ajoute une pression temporelle qui a des effets pervers sur la prise de décision ; et surtout, elle engendre un besoin d’informations et des incertitudes difficiles à contenir.

Le Gouvernement belge a plutôt bien géré sa communication : une communication politique dans les premières heures avec les premiers messages empathiques suivies d’une communication publique avec les premières mesures. Toutefois, dès le samedi 14 novembre, plusieurs interférences à cette communication vont avoir lieu :

Premièrement, la bourgmestre de Molenbeek, Françoise Schepmans (MR), Philippe Moureaux (PS) et Yvan Mayeur (PS) s’accusent à média interposé de ne pas avoir fait correctement leur travail avant de s’attaquer au Fédéral ; détournant la couverture médiatique sur eux. Toutefois, les autorités publiques et le Gouvernement continuent à communiquer sur les réseaux sociaux et les médias ;

Deuxièmement, le Ministre-Président de la région de Bruxelles, Rudy Vervoort et la ministre de l’Éducation, Joëlle Milquet, donnent des informations opposées sur l’ouverture/fermeture des crèches ;

Troisièmement, Laurette Onkelinx accuse le Gouvernement de mal communiquer suite au peu de communication du Gouvernement entre le 24 et le 26 novembre 2015 comme le démontrent les schémas suivants. D’autres politiques et partis reprendront cette critique comme ecolo ou DéFI.

4. Un SLO détérioré

La stratégie de communication des partis wallons est de se placer derrière la communication du Gouvernement. Ceci a été vrai jusqu’à Brussels Lockdown où le jeu des acteurs est à la hauteur de la complexité du Fédéralisme belge rendant presque inaudibles certains messages des autorités. Plusieurs politiciens ont détérioré le Social Licence to Operate du Gouvernement pour se donner une visibilité médiatique au risque d’affecter la confiance de la population dans le Gouvernement fédéral à gérer la crise.

En période de crise, la communication est souvent plus analysée que la gestion de crise elle-même[1]. La critique du manque de communication en a presque fait oublier les 18 mesures annoncées par le Gouvernement qui avaient surtout pour but de montrer le positionnement et la force de la Belgique face aux évènements, tout comme les 12 mesures le 16 janvier 2015. Une démarche nécessaire face aux évènements.

5. Une prise de position

Outre les messages empathiques souvent diffusés avant le Premier ministre, les partis sont restés plutôt discrets avec une sortie de Benoît Lutgen appelant à l’unité nationale et entendue par le Premier ministre et une sortie d’Elio Di Rupo. Les parlementaires compétents pour la lutte contre le terrorisme sont eux-mêmes restés en arrière, du moins dans un premier temps.

L’utilisation accrue de Twitter par le parti socialiste lui a donné une visibilité médiatique plus importante dans les médias à partir du 19 novembre 2015 de par le fait qu’il est le parti wallon le plus suivi sur les Social Media. En tant que parti de l’opposition, il est aussi le plus enclin à critiquer les mesures prises. L’analyse de la stratégie du PS lors de Brussels Lockdown permet d’identifier les enjeux et les intérêts du parti.

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Voulu ou non, Brussels Lockdown a permis au PS de se positionner sur la sécurité internationale alors qu’il n’en avait pas fait une de ses cartes maitresses jusqu’ici, contrairement au cdH avec Vanessa Matz et George Dallemagne ; et au MR avec Denis Ducarme qui avaient profité de Charlie hebdo et Verviers pour affirmer leur stratégie. Selon un screening médiatique et digital entre janvier et décembre 2015, ces trois parlementaires sont les plus actifs sur le sujet et jouissent d’une réputation qui leur donne une place plus importante dans les médias comme le montre l’analyse médiatique suite aux attentats de Paris. Avec Brussels Lockdown, Laurette Onkelinx joue désormais ce rôle pour le PS comme le montre sa place dans la commission temporaire de lutte contre le terrorisme.

6. Le terrorisme en Belgique : une affaire politique ?

Face à tout risque, il y a une nécessité d’informer les publics. Face à la multiplication des experts dans les médias se contredisant entre eux et la difficulté de savoir vers qui se tourner, la population a besoin d’avoir un canal d’informations claires et habilité où le politique n’interfère pas. Ceci est le rôle du Parquet fédéral et du Centre de crise, puisque l’OCAM ne communique pas vers le grand public.

Le plus gros problème de la Belgique est la multiplicité des acteurs et particulièrement des acteurs politiques. Réduire le nombre des acteurs permettrait d’avoir un message plus identifiable aux yeux du public. Pour tout événement lié au terrorisme, la critique passe mal et remet en cause la crédibilité de la personne ou du parti, puisque l’acteur viendra remettre en cause un système déjà en rupture. Un Nicolas Sarkozy ou une Marine Le Pen ont remis en jeu leur crédibilité à essayer d’interférer sur la communication du Gouvernement français.

Face au terrorisme, les populations cherchent un point d’ancrage pour se rassurer. Il faut lui faciliter l’accès. Dans les premiers instants de la crise, les partis politiques, les parlementaires et les membres auraient dû être le relais de la communication des autorités pour aider la population à identifier clairement cet interlocuteur principal, c’est-à-dire le Gouvernement — voire le Premier ministre – et les autorités publiques, le Centre de crise et le Parquet fédéral. Comme ce fut le cas, les partis politiques interviennent pour dénoncer un problème et proposer leurs solutions, mais uniquement dans un second temps.

Le terrorisme crée un climat de peur dans le but de créer des dissensions au niveau politique pour jeter du discrédit sur le Gouvernement. Face à une menace de plus en plus présente, les velléités politiques et la critique de la communication devraient être mises de côté pour faire avancer la lutte contre le terrorisme.

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[1] TIXIER M., La communication de crise : enjeux et stratégies, MCGraw-Hill, Paris, 1991, p44