Relations Internationales

L’Ukraine, un casse-tête pour l’Europe

By juillet 16, 2015 No Comments

1989, le mur de Berlin tombe, la chute du rideau de fer ; c’est la fin de la guerre froide. 1991, l’URSS éclate et l’Ukraine prend son indépendance. Depuis, elle connaît une histoire mouvementé : révolution orange, crise énergétique, annexion de la Crimée à la Russie, embrasement de l’Est, etc. Son histoire le montre, l’Ukraine n’a cessé d’être tiraillé entre la Russie et l’Europe. Cette crise ukrainienne risque d’ouvrir une nouvelle ère dans les relations internationales.

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Christian Greiling, dans un article paru dans la revue Conflits, affirme que « La crise ukrainienne fait partie intégrante du Grand jeu, tant dans ses causes que dans son déroulement et ses conséquences. Elle a commencé avec la question de l’intégration eurasienne et aura d’énormes répercussions indirectes sur l’échiquier eurasiatique, le Grand jeu énergétique et, au-delà, le modèle du monde à venir »[1].

Ce pays, de plus ou moins 45 millions d’habitants, plus grand que la France, est un enjeu pour les grandes puissances pour différentes raisons : sa position stratégique et ses ressources énergétiques sont des enjeux indéniables pour la stabilité de l’Europe, mais son adhésion à l’Union Européenne pourrait entraîner bien des conflits. Selon les lauréats du Prix Nobel de la Paix de 2013 : « Le conflit en Ukraine menace la stabilité en Europe et sape sa capacité à jouer un rôle positif dans le monde »[2].

Entre deux zones d’influence

Durant son histoire, les territoires formant l’Ukraine actuelle ont été sous l’influence de différentes puissances. A une certaine époque, le Dniepr divisait le sol en deux : à l’Ouest, ce fut sous domination lituanienne, polonaise, puis austro-hongroise (côté Europe) et à l’Est, sous domination russe. En 1922, l’Ukraine est incluse dans l’union soviétique après une brève indépendance de 5 ans. En 1991, l’Ukraine retrouve sa souveraineté, mais sous un régime pro-russe.

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En 2004, c’est la révolution orange. Le gouvernement en place est accusé de corruption. Le nouveau pouvoir devient pro-européen. Lors d’un nouveau scrutin, une cassure se délimite entre l’Est et l’Ouest comme le montre cette carte parue dans le monde[3]. L’influence russe reste présente, malgré le rapprochement avec l’Europe. Un avant goût des derniers évènements.

Depuis 2007, l’Europe négociait un partenariat économique avec l’Ukraine, mais en 2013, le Président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, stoppe l’accord et se tourne vers la Russie. Une révolution éclate, il l’a réprime dans le sang ce qui l’oblige à fuir. Des affrontements ont lieux entre pro-russes et pro-européens. Le 16 mars 2014, un référendum en Crimée plébiscite le rattachement de celle-ci à la Fédération de Russie. Moscou l’acte deux jours plus tard. La Crimée est annexée. Le 6 avril 2014, le conflit s’étend à l’Est : Donetsk et Lougansk. Le 11 mai 2014, Les régions de Donetsk et de Lougansk votent massivement un « oui » au référendum pour l’indépendance des régions, mais celui-ci est jugé illégale par Kiev. 5 septembre 2014, un cessez-le-feu est signé à Minsk, capitale de la Biélorussie avec la présence de la Russie et l’OSCE, Organisation pour la sécurité et la coopération de l’Europe.

Le grand problème de l’Ukraine est que par son histoire, elle est partagée culturellement et humainement entre l’Europe et la Russie. Beaucoup pense que le pays n’a pas d’identité nationale de par ce fait, qu’il n’y a plus rien en commun entre l’Ukraine de l’Ouest (pro-européenne) et l’Ukraine de l’Est (pro-russes). Pourtant, si vous demander aux jeunes ukrainiens comme Anastasiya Nizhnik, jeune membre de l’alliance démocratique ukrainienne ((Демократичний Альянс), là n’est pas le problème de l’Ukraine, mais plutôt le semblant de démocratie corrompue et le manque de transparence de l’information entre le gouvernement et la population ukrainienne. Pour elle, la Russie utilise la désinformation en sa faveur, pour rallier une partie de l’Ukraine, dans le but de reconstruire la Grande Russie. Là-dessus, l’ancien ambassadeur belge en Ukraine, Pierre Colot, la rejoint : l’argument d’identité russophone de la Crimée et de l’Est de l’Ukraine n’est qu’un prétexte. Au fond, les jeunes de l’Ouest et de l’Est partagent les mêmes envies, les mêmes problèmes, mais surtout ils veulent que leur pays survive et reste indépendant.[4]Mais a-t-on au moins demandé à ces jeunes, le futur du pays, ce qu’ils voulaient ?

Comme le montre ces évènements, l’Europe est la Russie ont un rôle important dans la construction de l’Ukraine. Chacune de ces deux puissances le savent : L’Ukraine a besoin des deux pour retrouver sa stabilité économique et politique. C’est d’ailleurs là-dessus que chacun joue à sa manière : l’Europe avec un accord d’association et la Russie en faisant pression en proposant des aides financières et une baisse du prix du gaz. Donc, l’Ukraine est un enjeu tant stratégique, économique, énergétique qu’une manière d’étendre sa zone d’influence pour chaque d’entre elles, plus qu’identitaire et religieux.

Une position stratégie

Un Etat pivot

Zbigniew Brzezinski définit un Etat pivot comme « les États dont l’importance tient moins à leur puissance réelle et à leur motivation qu’à leur situation géographique sensible et à leur vulnérabilité potentielle, laquelle influe sur le comportement des acteurs géostratégiques. Le plus souvent, leur localisation leur confère un rôle clé pour accéder à certaines régions ou leur permet de couper un acteur de premier plan des ressources qui lui sont nécessaires. Il arrive aussi qu’un pivot géopolitique fonctionne comme un bouclier défensif pour un État ou une région de première importance »[5].

« Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire. L’Eurasie reste l’échiquier sur lequel se déroule la lutte pour la primauté mondiale. Quiconque contrôle ce continent, contrôle la planète » Zbigniew Brzezinski

Si nous reprenons cette définition, l’Ukraine est représentative d’un pivot géopolitique, parce que sont territoire « occupe une partie de l’isthme européen septentrional qui relie la mer Baltique et la mer Noire (par le bassin du Dniepr), ainsi que la mer Baltique et la mer Caspienne (par le bassin de la Volga). Il se trouve donc en situation de carrefour, sur le plan tant économique que culturel ou stratégique ».[6]

L’Ukraine occupe le cœur du continent. Elle est d’une importance capitale en tant que voisin de l’Union Européenne. La balance de l’Europe dépend de la situation en Ukraine. Elle ne peut pas se permettre qu’un Etat à ses frontières soit instable et risque de provoquer une propagation de violence dans la région[7].

 Un accès aux mers chaudes

Trois Etats, devenus indépendants après l’implosion de l’USRR, sont très important géopolitiquement : l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan et l’Ukraine ; mais cette dernière constitue cependant l’enjeu essentiel, car elle donne un accès aux mers chaudes.

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En outre, comme le montre cette carte de Arte[8], le contrôle de la Mer Noire permettrait à la puissance qui la domine un accès, par le Détroit de Bosphore et des Dardanelles, à la mer Méditerranéen. Il est donc essentiel que l’Europe garde de bonnes relations avec l’Ukraine, mais aussi avec la Turquie et avec les pays entourant la Mer Noire.

Pour avoir accès à ces mers chaudes, la Russie a annexée la Crimée, même si, selon la Russie, il y a aussi une raison idéologique et religieuse, puisque ce territoire est en grande partie russophone. La deuxième raison est qu’à Sébastopol, la Russie a une base militaire qu’elle ne pouvait pas se permettre de perdre. En 2010, lorsque l’Ukraine n’a pas su payer sa dette gazière, la Russie lui a proposé un accord lui permettant de garder la base jusqu’en 2042. Maintenant que la Crimée est annexée, elle est entièrement russe. Selon l’ex-Président de la Commission Européenne, José Barroso, « Vladimir Poutine ne compte pas s’arrêter à la Crimée »[9], car l’Ukraine est essentielle à la renaissance d’une Grande Russie.

De plus, cette position autour de la mer noire permet à la Russie de bloquer l’avancement des Américains dans la région. Les Etats-Unis avec l’Europe tente de créer une ceinture d’Etats tampons entre l’Union Européenne et la Russie afin d’éviter que la Russie ne contrôle toute la région. Ne l’oublions pas, durant la guerre froide, elle fût l’un des lieux d’affrontement entre les deux blocs, car elle est un carrefour énergétique et donc, stratégique.

Du côté européen, un rapprochement entre l’Ukraine et l’Union Européenne, mettrait un frein au projet d’union eurasiatique tel que le voulait Dougine[10]. Ce qui ne déplairait pas aux Américains. Cette association pourrait affaiblir la Russie et limiter sa zone d’influence et augmenter celle de l’Europe. Mais, attention que la Russie ne compte pas se laisser faire, parce qu’elle met aussi en place des associations économiques telles que l’OTSC ou l’Union économique eurasiatique.

Une Europe « protectrice »

Depuis l’adhésion à l’Union Européenne de la Bulgarie et la Roumanie en 2007, elle commence enfin à s’intéresser à la région. Désormais, l’Europe applique ce qu’elle appelle la « politique de voisinage » (développé plus loin) dans les pays autour de la Mer Noire. Il est dans ses intérêts que « les pays situés à ses frontières soient bien gouvernés »[11]. L’Europe doit jouer le rôle de gardien dans la région. Philippe Lefort l’affirme « L’Union européenne associe sa sécurité à la stabilisation de son environnement, au Sud comme à l’Est, alors que la création d’États dysfonctionnels constitue l’un des instruments auxquels la Russie a recours pour tenir à l’écart de ses frontières les concurrents géopolitiques potentiels, dont fait désormais clairement partie l’Union européenne »[12].

Les derniers évènements en Ukraine ont montré que la Russie voulait déstabiliser une Europe déjà affaiblie sur le plan international. Cette dernière peine à mettre en place une réelle politique étrangère commune. En 2003, Nathalie Nougayrède, « face aux enjeux qui se profilent, les Européens déploient peu de moyens et peinent à formuler une vision stratégique claire qui regarderait au-delà de l’élargissement qui vient d’avoir lieu »[13].

L’Europe va devoir prendre des mesures plus fermes à l’égard de la Russie si elle veut s’imposer dans cette région. L’Union Européenne a la chance de pouvoir parler au nom de toute l’Europe même pour les pays qui n’en font pas partie comme la Suisse, c’est une grande chance au niveau géopolitique, car ça lui donne une plus grande force, mais la multitude d’Etats peut aussi être sa faiblesse. Les Etats membres devront s’unir sur des sanctions plus costaudes qu’actuellement, mais tous ne sont pas d’accord à ce sujet.

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Cette carte[14], parue sur le site Huffingtonpost, montre les divergences d’opinion entre les membres de l’Union Européenne par rapport aux événement ukrainiens : en bleu ceux qui veulent éviter les sanctions, en gris, ceux favorables au dialogue, mais avec possibilité de sanctions et en rouge ceux qui veulent une action.

Ceci montre l’impuissance des Occidentaux face à un adversaire politiquement plus uni et déterminé qui n’a pas peur des rapports de force. L’Europe préfère se réfugier, dans le cas de l’Ukraine, mais aussi en général, derrière des sanctions peu efficaces.

Le problème de l’Union Européenne est la montée de l’europhobie et de l’euroscepticisme, ainsi que la montée de l’extrême droite dans les pays membres dus en partie à la trop grande extension de l’Europe et une action politique qui peine à satisfaire tout le monde. Même si ce n’est peut-être qu’une passe, elle va devoir se réaffirmer comme puissance unie et revoir sa politique étrangère commune. Le risque est que la Russie profite de cette situation pour faire de la désinformation et rallier des pays encore hésitant par rapport à l’Union Européenne[15]. L’Ukraine n’est-elle pas juste un prétexte pour la Russie de déstabiliser l’Europe, mais l’Europe n’est-elle pas entrain de le faire elle-même ?

Des enjeux énergétiques

Selon Nicolas Mazzucchi, géoéconomiste spécialiste des questions énergétiques et chercheur à l’IRIS, « la position stratégique de l’Ukraine est, pour l’Europe une position géographique. En effet, l’Ukraine est le lieu de transit par excellence du gaz russe vers l’Union européenne via un réseau complexe de pipelines dont le fameux Druzhba qui dessert la Slovaquie, la Hongrie, la République Tchèque et l’Autriche » [16].

En visitant un peu le site de la Commission Européenne et particulièrement la page concernant la coopération bilatérale au niveau de l’énergie, vous pouvez y lire ceci : « Depuis 2001, un des principaux objectifs de la coopération entre l’UE et l’Ukraine en matière d’énergie est de garantir les performances générales et la sûreté et la sécurité du réseau ukrainien de transit du gaz naturel. L’Ukraine est un pays de transit clé pour les ressources énergétiques de la Russie vers l’UE, en particulier pour le gaz, étant donné que quelque 20% du gaz consommé dans l’UE y transite »[17]. Par sa position stratégique, l’Ukraine a une importance capitale pour l’Europe au niveau du gaz, mais aussi de ses ressources telles que le pétrole, l’uranium, mais aussi les métaux et le blé. Pour arriver à cet objectif, il est nécessaire que l’Union Européenne rétablisse la stabilité de l’Ukraine, mais aussi que l’Ukraine retrouve une bonne relation avec la Russie et avec Gazprom. Tant que l’Europe n’aura pas trouvé un autre moyen de contourner le gaz russe, l’Europe aura nécessairement besoin de l’Ukraine.

Même si, depuis quelques années, des leaders européens ont « lancé des appels à une politique européenne commune, et ont suggéré la création d’un monopsone européen pour faire face à Gazprom, ainsi qu’une libéralisation plus poussée des marchés énergétiques européens. Cela pour forcer la Russie à ouvrir l’accès à ses gazoducs et ses réserves énergétiques aux investisseurs étrangers »[18]. L’Ukraine reste au cœur de l’objectif énergétique européen. Si l’Union Européenne arrive à contourner le gaz russe, l’Ukraine pourrait être fortement touché par cette nouvelle politique : elle ne serait plus le centre énergétique entre l’Europe et la Russie.

Comme le montre cette carte parue dans le Monde[19], presque 80% du gaz russe pour l’Europe passait par l’Ukraine. Mais, depuis quelques années, l’Ukraine étant un allié peu fiable pour la Russie, elle met en place d’autres gazoducs de contournement vers l’Europe, notamment le Blue Stream, le South Stream, le North Stream et le Yamal. La position stratégique de l’Ukraine n’est pas éternelle. Ça pourrait même jouer en sa défaveur si l’Europe décide de se passer d’elle au niveau du gaz.

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Pour une autre raison, cette position stratégique pour le transit du gaz est aussi un point faible pour l’Ukraine, car elle dépend fortement de la Russie comme le montre « la guerre du gaz » de 2006 et de 2009 où Gazprom a fermé ses robinets[20]. Même l’Europe a été touché, l’Allemagne principalement. Mais aussi, parce que Moscou lui fournit entre 55 et 65% de son gaz et les 2/3 de son pétrole[21]. Depuis juin 2014, il existe une menace encore plus importante qu’en 2006 et 2009 que Gazprom coupe le gaz russe vers l’Ukraine[22]. L’Europe ne peut accepter et elle l’a compris en prêtant 1 milliard d’euros à l’Ukraine pour rembourser sa dette à Gazprom, mais la Russie pourrait continuer à utiliser cette arme énergétique pour faire pression.

Dès lors, les pipelines jouent un rôle important puisqu’ils sont des objectifs stratégiques qui visent à contrôler le Rimland, mais d’autres acteurs pourraient jouer un rôle majeur comme l’Inde, la Chine, le Pakistan, le Japon et l’Iran. L’Europe se doit de garder de bonnes relations avec l’Ukraine, mais aussi, que celle-ci retrouve à stabilité. Il faut aussi que cette dernière retrouve la confiance de la Russie et de Gazprom pour que l’Europe ne se retrouve plus dans le cas de 2006 et de 2009. L’Europe dépend trop de l’Ukraine à ce niveau, elle se doit de diversifier ses sources énergétiques, surtout au niveau du gaz.

Un accord d’association

L’Ukraine est inextricablement liée à l’histoire de l’Europe, mais l’histoire ukrainienne n’a pas encore permis une adhésion à l’Union Européenne. Depuis 2005, l’Ukraine a orienté sa politique internationale vers l’Europe[23], car comme le dit l’ex Président de la Commission européenne « l’Europe est producteur de stabilité, parce qu’elle a consolidé ces pays sur un système démocratique »[24], mais comme le demande Andrii Sydorenko, membre de l’Alliance démocratique ukrainienne (Демократичний Альянс) : «  Quand ferons-nous partie de l’Union Européenne ? Est-ce que cet accord d’association n’est pas qu’un leurre ?»[25].

Pour le moment, l’Europe ne veut pas accepter son adhésion, parce que l’Ukraine n’est pas prête officiellement pour faute de droits de l’Homme suffisants, mais surtout à cause de la corruption et du manque de transparence politique, officieuse à cause de la menace russe. Elle a préféré mettre en place d’abord une politique de voisinage afin d’éviter une nouvelle division entre l’Union Européenne et la Russie. C’est sa manière de garder de bonnes relations avec l’Ukraine, Elle lui permet [26]:

  • offrir des relations privilégiées
  • des relations politiques plus approfondies
  • accord économique basé sur le libre échange
  • intégration économique et association politique

Malheureusement, ce pacte de voisinage n’a pas atteint son but. Par la suite, des négociations ont eu lieu pendant 5 ans pour un accord d’association. Au moment de la signature par le Président, sous pression russe, il a refusé. C’est le début de la crise. Comme la dit le Président Barroso, « une adhésion à l’Union européenne va de pair avec une entrée à l’OTAN »[27]. Or ceci est inadmissible pour la Russie qui ne veut pas de l’organisation à ses frontières.

Depuis 2014, l’Europe a retrouver un regain pour l’Ukraine : beaucoup de discours, encore peu d’actions. Dans un communiqué de presse de l’European Union in Ukraine du 15 décembre 2014, « L’UE et l’Ukraine ont réaffirmé l’objectif commun de construire un pays démocratique, stable et prospère »[28] dans le but de continuer à améliorer l’association politique et l’intégration économique de l’Ukraine et ce pour accélérer le processus de réformes et de modernisation économique afin que le pays retrouve une stabilité, mais surtout pour que l’Ukraine retrouve son indépendance, le respect de son intégrité territoriale, de sa souveraineté et ne l’oublions pas de la sécurité énergétique de l’Ukraine et de l’Europe. Ce communiqué réaffirme que l’Ukraine a besoin de l’Europe et que cette dernière compte bien jouer son rôle notamment par des aides financières, humanitaires, un plan de réformes économiques et politiques, mais aussi en condamnant l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie. En faisant cela, elle conforte sa position en tant que puissance sur le plan international.

Pierre Colot, ancien ambassadeur belge en Ukraine (2003-2006) voit dans cet accord un pas vers l’adhésion à l’union européenne, mais ce pays a encore beaucoup de progrès à faire, surtout concernant les droits de l’homme, la corruption et la transparence démocratique[29]. Le manque d’actions de l’Union Européenne pose la question de la volonté d’adhésion de l’union européenne.

Conclusion

L’avenir du sous-continent européen dépend des relations entre l’Union européenne, l’Ukraine et la Russie, mais pour l’instant, si l’Ukraine veut affirmer sa souveraineté, elle doit se tourner vers l’Europe comme le montre l’accord d’association entre les deux entités.

L’Ukraine peine à se faire reconnaître par la Russie comme Etat. Vladimir Poutine n’a pas digéré la fin de l’Union soviétique et ne compte pas reconnaître l’Ukraine. Ses derniers actes le prouvent. L’Ukraine est face à deux puissances qui tentent de se réaffirmer sur le plan international, mais aussi de conforter leur zone d’influence. Malgré les insignifiantes prises de position de l’Europe en Ukraine, elle doit se rappeler que sa stabilité dépend de l’Est de l’Europe et principalement des Ukrainiens, puissance régionale et énergétique première de la région.

Si l’Union Européenne veut atteindre ses objectifs en Ukraine, elle devra nécessairement revoir ses objectifs en matière de politique étrangère commune et au niveau de sa sécurité, quitte à concevoir une adhésion de l’Ukraine. Elle devra concilier la politique russe dans la région et être prête à défendre ses positions, car il faut l’avouer, son soft power est une faiblesse face à un hard power affirmé du côté russe. L’Union Européenne doit adopter une meilleure approche géopolitique sur les questions énergétiques, même si elle est en voie de le faire si nous nous référons au communiqué de presse du Conseil de l’Union Européenne, mais ce n’est encore qu’écrit que sur papier. Il n’y a pas encore d’actions en vue. Elle se doit de sécuriser les pipelines et ça passe aussi par les voies de transits comme l’Ukraine, mais aussi de se diversifier pour ne pas en être trop dépendante tout en faisant attention à la volonté d’autres grandes puissances de se développer de la région telle que la Russie[30].

Pour conclure, l’Union Européenne doit voir à plus long terme sa politique. Comme le dit Pierre Colot : « L’Europe et la Russie doivent coopérer sur le cas de l’Ukraine, mais aussi retrouver la confiance russe. Les relations de l’UE avec la Russie doivent viser le long terme pour le bien de chacune, mais aussi de la région de l’Est de l’Europe »[31].


 

[1] C. Greiling, Le nouveau grand jeu, Revue Conflits, France, 29 nombre 2014 (http://www.revueconflits.com/le-nouveau-grand-jeu-bonus/, consulté le 12 décembre 2014)

[2] Le monde se dirige-t-il vers une “nouvelle Guerre froide encore plus dangereuse”?, Belga, paru dans le Vif l’Express, Belgique, le 14 décembre 2014 (http://www.levif.be/actualite/international/le-monde-se-dirige-t-il-vers-une-nouvelle-guerre-froide-encore-plus-dangereuse/article-normal-357579.html?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=vif, consulté le 10 décembre 2014)

[3] http://www.lemonde.fr/europe/video/2014/02/27/pourquoi-l-ukraine-est-elle-tiraillee-entre-europe-et-russie_4375125_3214.html, consulté le 10 décembre 2014

[4] A. Nizhnik, A. Sydorenko S.Illiukhin et P. Colot, La relation entre l’Europe et l’Ukraine, Jeunes CDH et Alliance Démocratique ukrainienne, parlement wallon, Namur, 11 décembre 2014

[5] Z. Brzezinski, Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde, Paris, 1997, Bayard p. 74

[6] P. Gourdin, Ukraine : géopolitique d’un Etat tampon, Diploweb, La Revue géopolitique, France, 2 mai 2014, P5 (http://www.diploweb.com/Ukraine-geopolitique-d-un-Etat.html, consulté le 12 décembre), p2-3

[7] P. de Suremain, P. Verluise, Geopolitics of Ukraine, Diploweb, France, 19 août 2014 (http://www.diploweb.com/Geopolitics-of-Ukraine.html, consulté le 12 décembre 2014)

[8] http://ddc.arte.tv/nos-cartes/mer-noire-1-2-un-carrefour-euro-asiatique, consulté le 15 décembre 2014)

[9] J. M. Barroso, conférence sur la crise ukrainienne, V. Dujardin, dans le cadre du cours histoire de l’intégration européenne, 19 novembre 2014, Louvain-la-Neuve, UCL

[10] P. Lefort, La crise ukrainienne ou le malentendu européenPolitique étrangère 2/ 2014, p. 111

[11] Une Europe sûre dans un monde meilleur, Stratégie européenne de sécurité, Bruxelles, le 12 décembre 2003, p7

[12] P. Lefort, La crise ukrainienne ou le malentendu européenPolitique étrangère 2/ 2014 (Eté) , p. 120

[13] N. Nougayrède, Une zone de tensions géostratégiques, le Monde, France, 1er janvier 2007

[14] http://www.huffingtonpost.fr/2014/03/06/ukraine-russie-union-europeenne-tiraillee-membres-sanctions_n_4910604.html, consulté le 10 décembre 2014

[15] P. Lambert, P.A. Perrouty et C. Sente, conférence sur L’europhobie et l’Euroscepticisme, quels risques pour nos droits ?, Apprentis Citoyens, parlement européen, 5 novembre 2014

[16] M. Murat, Petropolitik : la crise ukrainienne expliquée par les enjeux énergétiques, Atlantico, France, 12 mars 2014 (http://www.atlantico.fr/decryptage/petropolitik-crise-ukrainienne-expliquee-enjeux-energetiques-nicolas-mazzucchi-1007688.html, consulté le 11 décembre 2014)

[17] http://ec.europa.eu/energy/international/bilateral_cooperation/ukraine_fr.htm, consulté le 15 décembre 2014)

[18] J. Guillet, Gazprom, partenaire prévisible : relire les crises énergétiques Russie-Ukraine et Russie-Belarus, IFRI, France, mars 2007, p15

[19] P. Terzian, La crise énergétique ukrainienne, Le Monde, France, 31 mars 2014 (http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/03/31/la-crise-energetique-ukrainienne_4392491_3232.html consulté le 11 décembre 2014)

[20] J. Guillet, Gazprom, partenaire prévisible : relire les crises énergétiques Russie-Ukraine et Russie-Belarus, IFRI, France, mars 2007, p8-p14

[21] P. Terzian, La crise énergétique ukrainienne, Le Monde, France, 31 mars 2014 (http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/03/31/la-crise-energetique-ukrainienne_4392491_3232.html, consulté le 11 décembre 2014)

[22] C. Brustlein, D. David, E. de Durand, T. Gomart, T. Kastouéva-Jean, L. Nardon et V. Pertusot, Ukraine, la crise commence, IFRI, France, Mai 2014, p7

[23] A. Scaggion, L’Ukraine aux confins de l’EuropeRevue Projet 1/ 2006 (n° 290) , p. 11-16

[24] J. M. Barroso, conférence sur la crise ukrainienne, V. Dujardin, dans le cadre du cours histoire de l’intégration européenne, 19 novembre 2014, Louvain-la-Neuve, UCL

[25] A. Nizhnik, A. Sydorenko S. Illiukhin et P. Colot, La relation entre l’Europe et l’Ukraine, Jeunes CDH, parlement wallon, Namur, 11 décembre 2014

[26] cf. note 24

[27] cf. note 24

[28] Joint Press Release following the first Association Council meeting between the European Union and Ukraine, Communiqué de presse conjoint après la première réunion du Conseil d’association, Council of the European Union European Union in Ukraine, Bruxelles, 15 décembre 2014 (http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_Data/docs/pressdata/EN/foraff/146300.pdf), consulté le 15 décembre 2015)

[29] A. Nizhnik, A. Sydorenko S.Illiukhin et P. Colot, La relation entre l’Europe et l’Ukraine, Jeunes CDH, parlement wallon, Namur, 11 décembre 2014

[30] K. Longhurst, Différencier la politique européenne de voisinage : quelles implications pour l’Ukraine ?, IFRI, France, juillet 2008, p34

[31] A. Nizhnik, A. Sydorenko S. Illiukhin et Pierre Colot, La relation entre l’Europe et l’Ukraine, Jeunes CDH, parlement wallon, Namur, 11 décembre 2014