Relations Internationales

Le statut final du Kosovo (2006-2007)

By juillet 16, 2015 No Comments

Le 17 février 2008, lors d’une session extraordinaire du parlement, le Kosovo se déclare indépendant après l’échec des négociations. Mais, ce n’est pas la première fois que ces négociations échouent. La conférence de Rambouillet de 1999 n’a pas calmé les esprits. Depuis, le conflit a connu quelques récidives. Comment se sont déroulés les pourparlers de 2006-2007 pour en arriver là ?

  1. Sous l’égide de la transparence

Avant de débuter les négociations, un groupe de contact est mis en place : « En novembre 2005, le sous-secrétaire d’État, Nicolas Burns, exprime l’espoir au nom du Groupe de contact qu’un ensemble de principes convenus par eux fournirait un cadre politique pour les partis alors qu’ils entraient dans les pourparlers sur le statut, ce document a été appelé “Principes directeurs pour un règlement du statut du Kosovo” et comprenait dix points »[1]. Ce document a pour but de poser un cadre pour les négociations de 2006-3007 sur le statut du Kosovo, mais aussi de modifier les relations qui sont à la base du conflit :

« Une solution négociée doit constituer une priorité internationale. Une fois engagé, le processus ne pourra pas être bloqué et devra aboutir. Le Groupe de contact appelle les parties à s’y engager de bonne foi et de manière constructive, à s’abstenir de toute mesure unilatérale et à rejeter toute forme de violence. Ceux qui préconisent la violence n’y auront aucun rôle. Le Représentant spécial pourra prendre des mesures appropriées, dans le cadre du mandat qui lui aura été confié par les Nations Unies, pour suspendre ou exclure tout individu ou tout groupe s’il estime que leurs actes ne débouchent pas sur des progrès. »[2]

Pour ce faire, le Secrétaire général au Conseil de sécurité des Nations Unies, Ban Ki-moon, a défini un Représentant spécial, Matthi Ahtisaari, pour engager un processus en vue de définir le statut futur du Kosovo conformément à la résolution 1244 du Conseil de sécurité (Ahtisaari, 2008). Son rôle se rapproche du « interactive problem solving », c’est-à-dire d’organiser à intervalle régulier des réunions réunissant les représentants de chaque partie du conflit, mais aussi du « facilited joint brainstorming », c’est-à-dire de faire prendre conscience à chacun que ses perceptions sont susceptibles de conduire à des situations de blocages. Dans ces post-négociations, Matthi Ahtisaari voulait calmer le rapport de force qui se déroulait entre le Kosovo et la Serbie afin d’arriver à un échange pour trouver une solution[3].

Pourtant, comme le dit lui-même Matthi Ahtisaari, « made my first trip to the region at the end of November 2005 and told the leadership in Belgrade that I interpreted the mentioned principle that Kosovo will not return to the pre-1999 situation to mean that Kosovo will not return back to Serbia. My hosts, particularly the prime minister, did not share this interpretation. Furthermore, during these initial visits to Belgrade and Pristina, it became apparent that the positions and perceptions on the status were entrenched and so mutually opposed that any immediate attempt to narrow the differences would lead nowhere »[4].

Le 31 janvier 2006, le groupe de contact, sous l’égide de la transparence, a délivré le processus sur le statut du Kosovo à chaque acteur pris individuellement lors de la réunion ministérielle à Londres. En substance, les dirigeants de la Serbie savaient dès le départ les objectifs de la négociation et la position de l’EU, des États-Unis et de la Fédération de Russie. En conséquence, comme Belgrade et Prestina connaissaient les aspects techniques du dossier, Matthi Ahtisaari a développé une tentative de répondre aux préoccupations et aux aspirations des deux côtés et offrir des solutions possibles de compromis via des documents qui ont été distribués avant les cycles de négociations. Ils ont été la base de la discussion de Viennes de 2006 à 2007. En tout, durant ces deux années, 17 cycles de discussions directes et 26 missions d’experts à Belgrade et Pristina ont eu lieu aboutissant sur le plan Ahtisaari (Ahtisaari, 2008).

Malgré un processus transparent — comme le veut la culture onusienne — l’ancrage conflictuel entre le Kosovo et la Serbie ; et les perceptions de chacune des parties l’ont emporté. L’opposition historique entre Belgrade et Pristina ; entre les Présidents Fatmir Sejdiu et Boris Tadic ; a-t-elle empêché un dénouement au statut du Kosovo ?

  1. N’oublie jamais

Comme l’écrit Stéphane Hessel, auteur d’Indignez-vous ! et ancien diplomate français, « l’Histoire donne peu d’exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire »[5]. Pourtant, après autant d’années de conflit, nous aurions pu croire qu’un vent nouveau allait souffler sur les Balkans. Comme le montre cette analyse stratégique, il n’en est rien. Le passé entre le Kosovo et la Serbie empoisonne depuis longtemps leurs rapports. Ces difficultés ont été avivées par les actes du régime Milosević dans les années 90. Après des années de résistance pacifique contre la révocation de l’autonomie du Kosovo, les Albanais du Kosovo finirent par recourir à la résistance armée[6]. Ce passé explique la difficulté des négociations qui nous occupent.

Dilemme kosovo

Même si Matthi Ahtisaari, le Représentant spécial de l’ONU, a voulu aboutir à un mécanisme de concessions mutuelles — un processus de marchandage — jusqu’à ce que tous les acteurs autour de la table soient d’accord pour aboutir à un accord ; les évènements montrent que le jeu entre le Kosovo et la Serbie est à somme nulle : tout au long du processus, les deux parties ont réaffirmé à de nombreuses occasions leurs positions catégoriques, diamétralement opposées, Belgrade exigeant que l’autonomie du Kosovo s’exerce à l’intérieur de la Serbie tandis que Pristina n’accepte rien de moins que l’indépendance[7].


 

[1] AHTISAARI M., Irish Studies in International Affairs, Conflict Resolution: The Case of Kosovo, Vol. 19, 2008, pp. 183

[2] Principes directeurs du Groupe de contact en vue d’un règlement du statut du Kosovo (02.11.05), consulté le 1er mai 2015,   (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/kosovo/colonne-droite-2743/documents-de-reference-2741/article/principes-directeurs-du-groupe-de#)

[3] ROSOUX V., Traité des relations internationales, Paris, Presses de Sciences Po, 2010, pp. 795-821.

[4] AHTISAARI M., Irish Studies in International Affairs, Conflict Resolution: The Case of Kosovo, Vol. 19, 2008, pp. 183-187

[5] HESSEL S., Indignez-vous, Paris, Indigène Editions, édition revue et augmentée, 7 décembre 2011

[6] Lettre datée du 26 mars 2007, adressée par le Secrétaire général au Président du Conseil de sécurité, Nations Unies, Conseil de Sécurité, 26 mars 2007 (http://www.unosek.org/docref/rapport-francais.pdf, consulté le 2 mai 2015)

[7] Idem