L’État islamique, الدولة الإسلامية aussi connu sous l’EI, ISIS, ISIL ou Daesh ; est une organisation terroriste islamiste. Son idéologie se base sur un salafiste djihadiste. 

Daesh serait issu de la rébellion sunnite irakienne contre l’invasion américaine de 2003. Sa véritable création remonterait à 2006 lorsque l’Al-Qaeda irakien forme le Conseil consultatif des moudjahidines avec cinq autres groupes djihadistes. 

En octobre 2006, ce dernier proclame l’État islamique comme le véritable État de l’Irak. Affaibli par une série de victoires américaines, l’organisation renait lors de la révolution syrienne en 2011, mais n’a jamais complètement disparu ni en Syrie ni en Irak. Elle devient alors l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), aussi appelé l’État islamique en Irak et al-Sham (EIIS). Pour devenir enfin, l’État islamique.

Le 29 juin 2014, l’EI établit le califat sur les territoires qu’il contrôle et Abou Bakr al-Baghdadi se proclame Khalifah. Depuis, plusieurs groupes djihadistes se sont ralliés à l’organisation avec le plus important, Boko Haram. 

La question est de savoir jusqu’où va cette allégeance, quand les personnes continuent à en parler séparément. Depuis, le groupe connaît une rapide expansion : sa zone d’influence va de la province d’Alep dans le nord de la Syrie à Faloudja et Mossoul en Irak, mais se propage dans une grande partie du monde. 

L’État islamique est classé comme organisation terroriste selon la définition du terrorisme des Nations Unies (2005) : 

« Tout acte qui vise à tuer ou à blesser grièvement des civils ou des non-combattants, et qui, du fait de sa nature ou du contexte dans lequel il est commis, doit avoir pour effet d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à agir ou à renoncer à agir d’une façon quelconque ».  

L’ISIS est accusée de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de nettoyage ethnique, de génocide et de destruction de vestiges du passé. 

Un conflit complexe

Le conflit qui se joue aujourd’hui dans la région sous contrôle de l’État islamique est complexe, puisque le groupe n’est pas aussi unifié qu’il le laisse paraître et les moyens qu’il utilise dépassent la simple guerre conventionnelle.  

Dans le cadre de cette analyse, nous nous concentrons uniquement sur la stratégie du groupe central de l’État islamique en Irak et en Syrie depuis 2006 jusqu’à aujourd’hui. Nous tenterons de définir le type de guerre qui est menée grâce à une analyse des acteurs, des objectifs et des moyens de l’organisation. Mais surtout, nous tenterons de répondre à la question « Le militaire est-il au service du politique » dans le cadre de ce conflit ?. 

2. Les acteurs du conflit 

ll est complexe de définir exactement tous les acteurs dans le cadre du conflit avec l’État islamique, la liste ci-dessous n’est pas exhaustive, mais permet une première analyse de la lutte qui est en train de se dérouler. 

Liste des principaux acteurs du conflit  

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Cette liste est non exhaustive. Elle est réalisée sur base d’un monitoring digital et sur base de différents documents provenant de Centres de Recherche. En bleu, les opposants à l’Etat islamique. Ce n’est pas parce qu’ils sont dans cette catégorie qu’ils sont alliés. 

Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, une coalition internationale de 22 pays s’est formée pour combattre l’État islamique. Certains pays interviennent directement sur le terrain comme les États-Unis par des frappes aériennes et des attaques de drones. 

Nous pouvons ajouter dans cette coalition internationale les organisations internationales comme les Nations Unies qui condamnent les actes de l’État islamique, ou l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). 

Les forces armées irakiennes et l’armée syrienne jouent aussi un rôle dans le conflit, mais face à leur impuissance tant à Tikrit, Palmyre ou Ramadi ; des milices de volontaires chiites, mais aussi d’opposants de l’État islamique du monde entier sont venus combatte sur le terrain. Il faut rajouter qu’une partie de ces milices chiites sont dirigées par la garde révolutionnaire iranienne. 

De plus, dans le cadre des opposants à l’État islamique, nous pourrions rajouter tous les groupes terroristes qui se battent contre l’égide du groupe dans la région, comme Al-Quaeda, Al-Nostra et le le Front islamique (tous deux alliés d’Al-Quaeda), ou le PKK/YPG, parti kurde, considéré comme terroriste par plusieurs pays, dont la Turquie. Évidemment, ces groupes peuvent aussi se retrouver dans l’autre camp en tant qu’adversaire des autres acteurs. 

Enfin, sous l’acteur État islamique, nous pouvons rassembler tous les groupes tant irakiens comme les tribus du Cham et Irakiens ; syriens, que provenant d’autres pays comme Boko Haram au Nigeria ou LeJ, un groupe armé anti-chiite local, au Pakistan ; qui ont fait allégeance à l’organisation. 

Absorbing Other Groups

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About three dozen jihadist groups across at least 18 nations have pledged support or allegiance to the Islamic State. Most are small, but they have networks in areas new to the militant group. Source : http://www.nytimes.com/interactive/2015/05/21/world/middleeast/how-isis-expands.html?_r=3&smid=tw-share

L’État islamique se compose d’une multitude de groupes qui n’acceptent pas toujours qu’un groupe prenne plus d’importance que les autres. Dès lors, des luttes au sein même de l’organisation existent et pourraient à long terme être déterminantes dans la gestion de ce conflit.  

Vers un nouveau type de conflit ? 

Selon Frédéric Pichon, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de la Syrie, « Daesh est un mélange entre le wahhabisme et un nationalisme hybride sunnite. Les populations sunnites ne savent plus à qui se vouer. Elles donnent les villes à l’EI, parce que politiquement, à tort ou à raison, est la seule organisation qui peut représenter un levier sur les équilibres régionaux ». 

Nous savons être en guerre contre l’État islamique, mais comment qualifier cette confrontation ? La difficulté de nommer le conflit avec l’État islamique est la composition de cet acteur qui tente de s’instaurer comme un véritable État avec ses institutions, ses services, ses lois, etc. 

Il s’avère que ce n’est pas uniquement une organisation armée. Dans un document de l’organisation qui a fuité il y a quelque temps, il apparaît que l’EI tente d’instaurer une véritable structure administrative et gouvernementale. 

The government of the Islamic state 

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This document is Haji Bakr’s sketch for the possible structure of the Islamic State administration.

L’organisation possède aussi un véritable soutien d’une partie de la population des territoires qu’elle occupe, mais aussi des moyens technologiques beaucoup plus sophistiqués que les autres groupes terroristes aujourd’hui. 

Tout en ajoutant la composante technologique, il est possible de représenter l’Etat islamique grâce à la trinité remarquable de Clausewitz : 

L’Etat islamique selon la Trinité remarquable de Clausewitz

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Le Khalifah, Abou Bakr al-Baghdadi, est le chef de ce qu’on peut nommer le gouvernement de l’État islamique, ou du moins du côté politique de l’organisation. Il a comme rôle de déterminer les objectifs de l’organisation (cf. section Que veut vraiment l’État islamique ?).

Le commandant, repris ici sous la catégorie militaire, sont les différents chefs armés que possède l’EI. Son rôle est de rendre performant l’appareil militaire de l’organisation et de mener les batailles, c’est-à-dire un outil pour atteindre leur objectif politique. 

La troisième composante est la partie déterminante qui fait que l’État islamique arrive à persister. L’organisation ne pourrait pas mener cette guerre si elle n’était pas soutenue par des millions de personnes tant sur ses territoires que dans le monde. Toute l’énergie de l’EI se retrouve à ce niveau et il l’a bien compris. Obtenir le soutien de la population est un élément clé pour savoir qui va gagner la guerre. La guerre est faite d’hommes qui acceptent de se battre, mais certains le font par conviction. Sans ça, la guerre s’arrête. 

Enfin, reste le technologique. L’État islamique a réussi a développé sa technologie de manière impressionnante. Beaucoup de batailles ont pour but d’acquérir des moyens militaires.

Ces quatre éléments interagissent. Dans n’importe quel conflit, leur importance relative va varier, c’est la façon dont les éléments s’articulent qui fait la spécificité d’un conflit par rapport à un autre. 

Comme le suggère M. Van Creveld, la guerre étatique cesse en raison de son inadaptation aux nouvelles menaces. L’État islamique rentre tout en fait dans ce cas. La guerre conçue comme une manière de défier la mort pour les individus ou comme une possibilité de dire le droit pour les communautés deviendrait la forme normale de conflits violents. 

L’État islamique tente de s’instaurer comme un véritable État, légitimité (interne et externe) et  efficacité ; avec ses propres institutions, ses propres services publics, son propre gouvernement… créant une crise internationale avec sa volonté d’instaurer un Khalifah. Comme l’a si bien dit Dario Batistella dans Guerres et conflits dans l’après-guerre froide, « Comment ne pas voir, demande-t-il, que de nombreuses motivations ethniques ou religieuses constituent en fait des oripeaux pour des stratégies éminemment politiques ? ». 

3. Que veut vraiment l’Etat Islamique ?

L’analyse des objectifs politiques, militaires et opérationnels sont réalisés sur base d’une analyse de documents provenant de différents centres d’analyse, de documents internes à l’État islamique comme les magazines Dabiq et Dar Al Islam, mais aussi une veille documentaire de différents comptes de djihadistes du 21 février 2015 au 9 juin 2015 (pour n’en citer que quelques-uns : @MuslimSimpl, @SalmanAlLatini, @m7osl, @rahil_hij, @um_tasnim, @amira_12_News, @M_Y_M_9, @Falllujah, @Suleiman_Media)

En lisant les différents magazines de l’organisation comme Dabiq (version anglaise) ou Dar Al Islam (version française), le principal objectif de l’organisation est : « The Islamic State has an extensive history of building relations with the tribes within its borders in an effort to strengthen the ranks of the Muslims, unite them under one imam, and work together towards the establishment of the prophetic Khilafah. Its practice of attending tribal forums, addressing the concerns of the tribal leaders and accepting their bay’ah is regularly met with success ». Le but est bien politique et idéologique. De celui-ci découlent des sous objectifs politiques : 

  • Rendre leurs biens et droits aux propriétaires légitimes, c’est-à-dire les musulmans 
  • Amasser des millions de dollars pour les rendre aux musulmans 
  • La sécurité et la stabilité dans les zones occupées par l’État islamique
  • Assurer la disponibilité des produits alimentaires et des matières premières sur le marché, en particulier le pain
  • Une relation florissante entre l’État islamique et de ses citoyens
  • La réduction du taux de criminalité
  • Encourager les jeunes à rejoindre les rangs de l’État islamique

  • Un Khalifah

Attardons-nous sur l’objectif politique d’unification complète de tous les peuples musulmans et les terres sous l’autorité unique du Khalifah », car comme le dit le porte-parole de l’EI, Shaykh Abu Muhammad al-‘Adnani ash-Shami (hafidhahullah), « A new era has arrived of might and dignity for the Muslims ». 

Une carte publiée sur les réseaux sociaux par des sympathisants de l’organisation présente la véritable volonté de l’organisation, c’est-à-dire l’expansion dans toute l’Afrique du Nord, Moyen-Orient, les Balkans, l’Espagne et une partie de l’Asie. Au vue de l’étendure de la volonté de l’EI, pouvons-nous encore parler de guerre limitée ? 

La vision du monde selon l’Etat islamique

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Photo apparue sur plusieurs comptes Twitter de sympathisants de l’Etat islamique montrant la volonté d’extension du groupe (http://www.wikistrike.com/2014/07/l-etat-islamique-s-etendra-jusqu-a-rome-voila-ce-qu-a-declare-le-calife-al-baghdadi.html)

Ceci affirme la question de départ : « le militaire est-il au service du politique ? » Oui et pour ce faire, toute une stratégie militaire a été mise en place : s’attaquer aux milices chiites et aux groupes kurdes comme le PKK/YPG, les milices sous la direction de l’Iran, à l’armée de Bachar Al-Assad et à tous les groupes ou États qui tentent de s’opposer à cet objectif. Mais aussi, de contrôler militairement l’Interior Ring, c’est-à-dire la zone Irak, Syrie, Israël, Jordanie et Palestine (pays en rouge sur la carte ci-dessous) ; de déstabiliser le Near abroad Ring ou de créer une affiliation (pays en orange). Enfin, dans le Far Abroad Ring, il s’agit tout simplement de l’attaquer indirectement par des moyens différents comme des attentats dans le but de le destabiliser. 

Les ambitions de l’Etat islamique

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http://understandingwar.org/sites/default/files/ISIS%20COAs_2.pdf

Pour ce faire, au niveau opérationnel, ça comprend la destruction des points tactiques des adversaires, l’occupation de villes stratégiques comme Kobane, Ramadi, Anbar, Mossoul, etc. ; l’invasion des points d’armements, car en tant qu’acteur non-étatique, il ne peut ni produire, ni acheter à l’étranger ; mais aussi la destruction de symbole comme Palmyre pour déstabiliser l’adversaire. C’est aussi la prise de points de contrôle des frontières comme c’est le cas en Syrie ou la prise de bases aériennes et aéroports. 

Pour que cette guerre continue à avoir des bénéfices positifs et éviter le point culminant où ce conflit se retournerait contre l’Etat islamique, une des tactiques est de conquérir les banques, les rafferines gazières et de pétroles ou toute source énergétique pour premièrement avoir une source de revenus et éviter de se retrouver sans ressources à force d’avancer, mais aussi couper l’alimentation au régime d’Assad et irakien. 

Selon Jean-Charles Brisard, Président du Centre d’Analyse du Terrorisme (CAT), l’État islamique contrôlerait plus de 80 % des champs de pétroles et de gaz en Syrie. Un autre objectif de Daesh est de s’emparer de barrages comme elle l’a fait à Ramadi et tente de le faire Haditha.  

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Aujourd’hui, l’État islamique connaît une avancé grandissante en Syrie et en Irak, sans compte les allégeances d’autres groupes provenant d’autres territoires. La question est de savoir jusqu’où va cette allégeance. 

Pour le moment, en considérant juste le groupe central de l’EI, l’organisation se concentre essentiellement dans le nord de la Syrie et de l’Irak, mais tend à se rapprocher de Bagdad et de Damas.

La position de l’Etat islamique en Irak et en Syrie en juin 2015

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Carte publiée par Ouest France (http://www.ouest-france.fr/syrie-lei-controle-la-quasi-totalite-de-la-cite-antique-de-palmyre-3414916)

En route vers Bagdad 

Pour Clausewitz, le centre de gravité est le nœud autour duquel s’articulent les forces et les mouvements de l’adversaire. C’est contre ce point que toutes les forces doivent être concentrées de sorte que l’ennemi soit déséquilibré. 

Pour l’Etat islamique, Bagdad est ce centre de gravité en Irak. En contrôlant la capital, c’est s’assurer la défaite du gouvernement irakienne et la porte ouverte à l’instauration définitive du Khalifah en Irak.