Une personnalité politique qui n’est pas sur les réseaux sociaux est aujourd’hui vouée à disparaître à un jour. Bien utilisés, ils permettent autant d’impacter directement ses publics que les médias. Vu la place que prennent les réseaux sociaux dans nos vies, une stratégie politique qui se traduit dans une stratégie commune mêlant le digital et le médiatique devient incontournable. Les réseaux sociaux sont le reflet de la stratégie politique et de communication de la personnalité politique qui tente d’y imposer son propre agenda. Le cas de la Présidentielle française de 2017.

Article co-écrit avec Corentin Vande Kerckhove, Researcher in Applied Mathematics at University of Louvain.

L’étude suivante est réalisée sur base des comptes Twitter des personnes qui se sont portées à un moment candidat à la Présidentielle française de 2017. Ensuite, nous avons gardé ceux qui sont suffisamment suivis et actifs. Dès lors, l’analyse est réalisée sur quarante-neuf comptes.  Nous avons gardé François Hollande, encore Président de la République au moment de l’extraction de données, afin d’avoir un point de comparaison par rapport au Gouvernement français.

L’analyse est combinée avec une veille du web réalisée sur la même période grâce à la plateforme de veille des médias en ligne Visibrain afin de confirmer les données sur les enjeux des candidats. Cet outil permet de mesurer l’impact des enjeux pour chaque candidat et de voir s’il a réussi à imposer son propre agenda.

La méthode consiste à prendre une liste de cinq milles comptes de citoyens français et regarder qui suivaient qui. Après, nous avons extrait les groupes de mots et les hashtags possédant une idéologie politique que l’algorithme à catégoriser selon les thématiques politiques. Ensuite, nous avons combiné les deux analyses dans une même cartographie dans le but d’analyser le positionnement de chaque candidat.

Positionnement des candidats à la Présidentielle française de 2017

Notes : L’étude est réalisée sur les comptes Twitter actifs et suffisamment suivis des personnes qui se sont portées candidates à la Présidentielle française de 2017. Les données sont extraites sur la période du 1er janvier au 1er avril 2017.

Dans la cartographie ci-dessus, chaque point correspond à une personne. La couleur correspond au parti sauf pour ceux en noir qui reprennent tous les petits partis et le Front National. En rouge, il s’agit du Parti socialiste. Les Républicains sont en bleu. La France Insoumise est en bordeaux. Les Verts en vert. En Marche est en orange.

La distance entre les candidats est due aux différences de thématiques sur l’axe des ordonnées et des Followers sur l’axe des abscisses. Plus une personne est proche d’une autre, plus elles partagent des thématiques communes et/ou des Followers.

En analysant le positionnement des personnalités politiques, nous remarquons que Marine Le Pen est sur l’axe 0 sur les thématiques et sur l’axe 1 sur l’axe du réseau. Elle se situe à côté de François Hollande, encore Président de la République lors de l’extraction de données. Ceci est dû à la stratégie de dédiabolisation du Front National (FN). Celle-ci vise à la rendre présidentiable. Toutefois, Même si elle est sur des thématiques proches des autres candidats, sa stratégie dans la dernière ligne droite des élections n’a visé qu’à s’attaquer aux autres candidats sur leur terrain sans de véritables propositions derrières. Marine Le Pen a tenté d’imposer ses propres thématiques, c’est-à-dire le sécuritaire et l’immigration. Malheureusement, à force de les marteler, elle en est devenue sa propre caricature pour la plus grande joie de Twitter.

Sur l’axe des thématiques, Nicolas Dupont-Aignan est très proche de Marine Le Pen. L’alliance entre les deux candidats[1] lors du deuxième tour était intelligente, puisqu’ils sont proches sur les thématiques, un tout petit peu moins sur les réseaux. Pour la première fois, le FN s’est associé à un parti démocratique. Ceci est à mettre en rapport avec la stratégie de dédiabolisation du FN. De plus, cette association permettait aussi d’aller chercher des électeurs un peu moins à droite que ceux du Front national.

Sur le plan des thématiques, François Fillon est aussi proche de Marine Le Pen. Il est aussi positionné plus près de celle-ci sur l’axe des réseaux que François Dupont-Aignan. Toutefois, François Fillon est positionné plus à droite sur le plan des thématiques que Marine Le Pen et les dix autres candidats du premier tour de la Présidentielle française. Avant le premier tour, Français Fillon avait réussi à imposer son agenda sur le sécuritaire. Par la suite, l’affaire PenelopeGate l’a empêché d’imposer ses propres thématiques dans l’agenda médiatique et des réseaux sociaux.

A contrario, Nicolas Sarkozy est la personnalité la plus à droit de la cartographie sur le plan des thématiques et des réseaux. Manuel Valls avait déjà accusé ce dernier de suivre l’extrême droite[2]. Nicolas Sarkozy est sur les thématiques les plus à droite selon le positionnement des autres candidats de la cartographie. Toutefois, selon la stratégie du Front National, il ne suit pas celle-ci, puisque Marine Le Pen est beaucoup plus au centre.

De l’autre côté de la zone des Républicains se situe Alain Juppé, proche d’Emmanuel Macron et de Manuel Valls. Autant sur les thématiques que les réseaux, il est très proche de Manuel Valls, un peu moins d’Emmanuel Macron. Ils sont tous les trois dans la même zone. Sur le plan des thématiques, Alain Juppé est le plus à gauche par rapport aux autres républicains. Toutefois, sur le plan du réseau, il reste à droite de Manuel Valls et Emmanuel Macron.

Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon sont placés sur la même ligne sur le plan des thématiques.   Cependant, ce dernier a un réseau plus centriste que le premier. La stratégie de Mélenchon était de chercher les déçus des partis traditionnels en allant chercher des électeurs jusqu’au centre comme le montre son positionnement sur la ligne zéro au niveau du réseau. Il reste cependant sur des thématiques plus à gauche que la majorité des autres candidats. Il joue le candidat de la « vraie gauche ». Sa stratégie est payante, puisqu’il passe de 11,1% en 2012 à 19% en 2017. Par contre, il fut intelligent de la part de Benoît Hamon de proposer une alliance à Jean-Luc Mélenchon de par leur positionnement proche. Toutefois, le refus de celui-ci a condamné le candidat socialiste[3]. Avec un parti socialiste qui peine à convaincre, Benoît Hamon a eu toutes les difficultés à rassembler la gauche qui lui a préféré Jean-Luc Mélenchon.

Enfin, même Emmanuel Macron est proche de Manuel Valls et Alain Juppé, lors du premier tour, il était seul dans sa zone, puisque les deux autres ont été éliminés par les primaires de leur parti. Sa stratégie « ni de droite, ni de gauche » l’a placé seul dans sa zone pour la Présidentielle. Entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon d’un côté et Marine Le Pen et François Fillon de l’autre ; il avait un boulevard devant lui.  Des électeurs partagés entre une droite et une gauche divisées, Emmanuel Macron est apparu comme le candidat qui rassure.

Les réseaux sociaux sont très critiqués sur leur rôle dans les élections. Pourtant, tous les candidats ont compris qu’il fallait être stratégique sur ceux-ci. Même si les réseaux sociaux ne font pas gagner une élection, ils sont le reflet des stratégies politique et de communication. Comprendre l’utilisation politique des réseaux sociaux permet de faire l’analyse d’un environnement politique pour ensuite, adapté sa propre stratégie. La cartographie des candidats à la Présidentielle française de 2017 sur Twitter en est juste l’exemple type. Les réseaux sociaux permettent d’être ses propres médias et de communiquer directement vers ses publics vu la place que prennent Facebook, Twitter, Instagram, etc. dans nos vies. Toutefois, il ne suffit pas de copier-coller le même message sur tous les réseaux. Ceux-ci sont propres à chaque public et cela serait une erreur que de le sous-estimer. Il serait aussi fatal de penser qu’il ne faille plus que communiquer sur les réseaux sociaux. Les médias traditionnels ont encore toute leur importance. La stratégie digitale doit se faire en total cohésion avec la stratégie médiatique. Le nouveau Président de la France, Emmanuel Macron, est désormais un cas d’école.


Vande Kerckhove, C, Temporão, M, Dufresne, Y, et al. (2016). Ideological scaling of social networks’ users. In ICCSS 2016.

[1] Si elle est élue présidente, Le Pen nommera Dupont-Aignan premier ministre, Le Monde, 29 avril 2017 à 11h25, mis à jour le 30.04.2017 à 07h06, http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/29/si-elle-est-elue-presidente-marine-le-pen-annonce-qu-elle-nommera-nicolas-dupont-aignan-premier-ministre_5119973_4854003.html

[2] Pour Manuel Valls, “Nicolas Sarkozy suit l’extrême droite”, Atlantico, 25 août 2016, http://www.atlantico.fr/pepites/pour-manuel-valls-nicolas-sarkozy-suit-extreme-droite-2801789.html#JcSUyLi1jMPAFGZp.99

[3] En meeting au Havre, Jean-Luc Mélenchon refuse de se rallier à Benoît Hamon, Le Monde, 29 mars 2017 à 22h34 et mis à jour le 30 mars 2017 à 11h51

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/29/en-meeting-au-havre-jean-luc-melenchon-refuse-de-se-rallier-a-benoit-hamon_5102926_4854003.html#JD8lEcPClTReQBCC.99